#2 LE REGARD | Moins de calbutes đŸ©Č

LE REGARD | Newsletter on.suzane « Une vision fĂ©ministe de la sociĂ©tĂ© au croisement de l'intime et du politique » Semaine du 8 septembre | Édition #02

Sommaire :

  1. Dans le rétro : plus de regards féminins et moins de calbutes

  2. 🔎 La notion : le Test de Bechdel

  3. đŸŽ„ Dans les coulisses : Alice est drĂŽle

  4. 📚 On a lu/vu pour vous Beignets de tomates vertes

  5. 📆 À venir : de nouveaux tournages et une projection đŸŒłđŸŽ„

Dans le rĂ©tro : plus de regards et moins de calbutes đŸ©Č

Imagine un monde oĂč tu n’as jamais vu dans un film, un vieux gars qui fait son beau gosse et qui vient prendre la meuf comme sa chose ?

Il y a quelques semaines on a fait ce post ! Et bien lĂ , je vais te parler du Female Gaze, la rĂ©volution du regard au cinoche.

© Caroline Dubois/FTV pour Split

Le Female Gaze, concrĂštement, c'est quoi ?

C'est l'exact opposĂ© du Male Gaze. LĂ  oĂč le regard masculin traditionnel fragmente, sexualise et objectifie le corps fĂ©minin, le Female Gaze nous propose quelque chose de complĂštement diffĂ©rent : il s'intĂ©resse Ă  l'intĂ©rioritĂ©, aux Ă©motions, au vĂ©cu personnel des personnages (et non plus sur les nichons d’une meuf Ă  qui on n’a pas donnĂ© de nom de famille
 cf. le chapitre suivant).

On va prendre un exemple, oĂč le dĂ©sir, la sexualitĂ© et le corps sont prĂ©sents pour bien que tu vois : c’est la sĂ©rie Split d’Iris Brey :

DĂ©jĂ  la sexualitĂ© entre femmes est bien plus rĂ©aliste que dans La vie d’AdĂšle qui a carrĂ©ment choquĂ© la communautĂ© des lesbiennes, notamment sur la question de la violence des rapports entre les personnages (on applaudit l’absence d’imaginaire d’Abdellatif Kechiche, pour ne pas citer ses demandes coercitives envers les actrices pendant le tournage).

On va centrer un rĂ©cit sur l’idĂ©e du soin, c’est ce que partage Iris, la rĂ©alisatrice, dans une interview : “Je voulait qu’elles prennent soin l’une de l’autre et que l’érotisme dĂ©coule de ça”

Perso, je trouve ça trÚs beau. (Consent is hot)

Il n’y a pas d’objectification et ça fait du bien. On filme beaucoup les regards, qui suffisent vraiment Ă  ce que le tĂ©lĂ©spectateur ressente le dĂ©sir. On a biensĂ»r des scĂšnes de sexes, des vrais bruits et pas juste des cris d’une plateforme de porno pas trĂšs Ă©thique. On peut s’identifier Ă  ce qu’on voit, ce qu’on entend, sans honte, et je crois que ce sentiment-lĂ , qu’une scĂšne de sexe puisse ĂȘtre aussi dĂ©crite mais aussi peu gĂȘnante, c’est ce qui la rend mille fois plus saine.

Il y a aussi la dimension de l’agentivitĂ© : Ă  l’écran, l’agentivitĂ©, c’est le pouvoir d’action ou de choix du spectateur. En gros, dans un film traditionnel, on va souvent ĂȘtre passif.ve. Le ou la rĂ©al nous montre scĂšne aprĂšs scĂšne, au rythme qu’iel choisit, et dans l’ordre qu’iel choisit. Par exemple, comme ça au hasard, le mec porte la meuf, il la jette sur le lit, s’allonge sur elle, et la relation sexuelle qui suit est tournĂ©e pour le plaisir des yeux du rĂ©alisateur et de ses congĂ©nĂšres masculins. Souvent, la femme se retrouve Ă  poil pendant une Ă©ternitĂ© aprĂšs cette scĂšne d’amour et si possible dans des positions suggestives. Un des exemples citĂ©s en illustration, c’est la scĂšne de Brigitte Bardot dans le film Le MĂ©pris de Jean-Luc Godar.

LĂ , dans Split, et dans des oeuvres qui embrassent le female gaze, lea spectateurice devient acteurice de son propre regard. La suggestion apportĂ©e dans tous les dĂ©tails dramaturgiques prend plus de place dans le rĂ©cit. On respecte l’intĂ©rioritĂ© des personnages.

On va aborder beaucoup de sujets dits â€œfĂ©minins” comme les rĂšgles, le dĂ©sir de grossesse, la maternitĂ©, l’avortement ou la fausse couche, le consentement, le squirt. Et chaque perso, (mĂȘme le seul personnage homme), a sa place, son espace. Comme le dit Iris, "il n’y pas vraiment de conflits externes entre elleux, mais plutĂŽt internes”.



ApartĂ© : je t’invite Ă  regarder le documentaire autour de la sĂ©rie Split sur le mĂ©tier des coordinatrices d’intimitĂ© qui parle du sujet Ă©voquĂ© plus haut du consentement des acteurices pour des scĂšnes d’intimitĂ©.

Comment reconnaĂźtre le Female Gaze techniquement ?

D'abord, le tempo : souvent, les plans sont plus longs, les montages moins rapides, l’éclairage plus naturel. On a un focus sur les dĂ©tails : mains, regards, textures. On est sur l’émotion.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que plus on privilĂ©giera cette approche, plus on intĂ©grera les valeurs qui y sont associĂ©es. Et ça c’est tellement essentiel, pour toutes les gĂ©nĂ©rations, et pas que pour les femmes !

Le Female Gaze ouvre aussi la voie à d'autres regards : le queer gaze, le black gaze... C'est toute une déconstruction des codes visuels dominants qui se joue.

Tu t’engages avec nous ? â˜ș

Plus que jamais, on a besoin de ton soutien :

  • Comme tu sais, on est en train de tourner les derniĂšres sĂ©quences d’À l’avant-post, qui sortira en novembre. Ce film, nous avons choisi de le faire sur nos fonds propres car aucune tĂ©lĂ©vision n’était prĂȘte Ă  prendre le risque de parler d’activisme sur instagram. Nous avons besoin de vous pour nous aider sur la post-production en prĂ©-achetant la sĂ©rie documentaire.

🔎 La notion : le Test de Bechdel

Tu connais peut-ĂȘtre le test de Bechdel ? Mais si, rappelle-toi. En 1985, la bĂ©dĂ©iste Alison Bechdel, publie La rĂšgle, une histoire dans son album Lesbiennes Ă  suivre (bonne reco au passage). Une femme propose un cinĂ© Ă  son amie, qui lui rĂ©pond qu’elle ne regarde que des films qui rĂ©pondent Ă  trois critĂšres prĂ©cis. RĂ©sultat, elles finiront par juste aller manger du pop-corn.

Il te suffit de choisir un petit movie et vĂ©rifier trois critĂšres pour savoir si celle-ci rĂ©pond au test de Bechdel. Prenons mon film prĂ©fĂ©rĂ© (ne me jugez pas, je suis nĂ©e en 93), Bridget Jones (comme je le connais par coeur, je n’aurai pas besoin de revĂ©rifier) :

  1. Il doit y avoir au moins deux femmes nommĂ©es (nom/prĂ©nom) dans l’Ɠuvre : choquĂ©e. Je compte pas mal de femmes, mais je n’ai qu’une deuxiĂšme femme nommĂ©e dans Bridget Jones 2 (la premiĂšre Ă©tant dans le titre).

  2. qui parlent ensemble : ouais, quand mĂȘme.

  3. et qui parlent de quelque chose qui est sans rapport avec un homme : aah bah du coup non. À absolument zĂ©ro moment, ça ne tourne pas autour d’un homme.

Vous vous dites sans doute que je suis aussi allĂ©e chercher le film le moins engagĂ© de l’histoire du cinoche. Mais ce qui est dĂ©concertant, c’est que non, ce n’est pas si facile d’en trouver qui passe le test.

Il y a mĂȘme des stats Ă  ce sujet ! D’abord sur le site Bechdel Test Movie List. Sur les 9802 films rĂ©pertoriĂ©s, seulement 57% le passent. C’est heureusement de moins en moins un Ă©chec
 Voici un graphique (affreux) du mĂȘme site qui nous en dit un peu plus :

Petit asymĂ©trie flagrante : quand on fait le jeu, 95% des films passeraient le test inversĂ© : deux hommes nommĂ©s parlent entre eux, d’autre chose qu’une femme.*

Le test n'est Ă©videmment pas une science exacte. Bien qu'il soit un excellent radar anti-sexiste pour le cinĂ©ma, il arrive que certaines Ɠuvres qui Ă©chouent au test apportent finalement plus aux reprĂ©sentations - avec un message pĂ©dagogique fort - que d'autres qui le passent haut la main.

Ce test a fait des petits ! Il a inspirĂ© tout un tas de mesures fĂ©ministes intersectionnelles. On a le test DuVernay pour les personnages racisĂ©s, le test de Vito Russo pour les personnes LGBTQIA+, et mĂȘme le test du tunnel des 50 - créé par l'AAFA pour checker la reprĂ©sentation des femmes de plus de 50 ans au cinĂ©ma.

đŸ«¶ Dans les coulisses : Alice

Dans la sĂ©rie-documentaire Ă€ l’avant-post qui sort bientĂŽt, l’équipe a interviewĂ© Alice, qui tient le compte @je.suis.une.sorciĂšre. Judic, la rĂ©al, m’a gracieusement (Ă  prononcer avec une voix de bourgeoise), prĂȘtĂ© un rush, en ajoutant :

« Alice Ă©tait HILARANTE Â». Occasion sur laquelle j’ai donc sautĂ© Ă  pieds joints, avant de me rappeler qu’à 32 ans, il fallait faire attention Ă  ses genoux.

Je vous prĂ©sente, si vous ne la connaissez pas dĂ©jĂ , Alice. Sur son profil on peut lire cette phrase qui m’a fait l’aimer immĂ©diatement : islamogaucho selon Damiendu75



📚 On a lu/vu pour vous Beignets de tomates vertes

J’ai choisi lui parce que c’est monvrai film pref (et que j’adore les beignets).

En gros, on est dans les annĂ©es 80-90. Evelyn, une femme au foyer en pleine crise de la cinquantaine (avec des air guillemets) rencontre une vieille madame en maison de retraite, Ninny, qui va lui raconter l’histoire d’Idgie et Ruth, deux amies qui tiennent un cafĂ© dans l’Alabama sĂ©grĂ©gationniste des annĂ©es 30. Et c’est MEGA BIEN.

1. Les hĂ©roĂŻnes cassent les codes : c’est une rĂ©volte contre systĂšme patriarcal. Je ne vais pas vous spoiler mais Idgie est un garçon manquĂ© (komkindisĂ© avant) qui refuse tous les carcans fĂ©minins, Evelyn retrouve sa libertĂ© au fil du rĂ©cit, Ruth se bat pour la sienne. En fait, c’est trois gĂ©nĂ©rations de meufs qui refusent de laisser faire.

2. On assiste Ă  un combat intersectionnel avant l'heure Le film aborde frontalement la discrimination raciale. On Ă©voque sans sourciller le Ku Klux Klan des Etats-Unis du Sud, on parle de racisme, de sĂ©grĂ©gation, mais aussi de grande prĂ©caritĂ©, de la conditions des femmes, jusqu’à parfois la dĂ©pendance de leur mari. Et surtout, Ninny, une des perso principales, a genre 90 piges quoi, merciiii !

3. Il y a unr relation lesbienne subtilement rĂ©volutionnaire : MĂȘme si elle reste implicite, Fannie Flagg (l’écrivaine, parce que ça nous vient d’un livre) nous offre une belle relation qui fait du film un incontournable du cinĂ©ma lesbien. Pour une fois, ni les meufs ni les relations sont sexualisĂ©es, on est sur de la full tendresse. Et c’était rĂ©volutionnaire en 91.

4. L'amitiĂ© fĂ©minine comme force de transformation Le film montre comment les histoires de femmes se transmettent et nous transforment. Ninny redonne vie Ă  Evelyn par ses rĂ©cits, exactement comme le film nous inspire encore aujourd'hui. Mais surtout, ça a beau toucher des sujets mĂ©ga durs et sensibles, il y a cette perpĂ©tuelle joie de vivre et beaucoup d’humour. Tout est trĂšs intelligent.

Inutile de prĂ©ciser qu’il passe le test Bechdel.

Franchement, dites-m’en des nouvelles <3

À venir : de nouveaux tournages et une projection đŸŒłđŸŽ„

Ce matin-mĂȘme, je pars Ă  la rencontre de quelqu’un de trĂšs chouette au Parc de Belleville. J’emmĂšne avec moi Rose, la cadreuse-monteuse accro au Red Bull. On a grand hĂąte de t’en dire un peu plus
 C’est mystĂ©rieux tout autant que dĂ©testable ? Oui. De rien.

Mais sinon, il reste des places pour la projection de Mon Capital, le 15 septembre Ă  18h45 Ă  La CitĂ© Audacieuse, Ă  Paris.

N’hĂ©site pas Ă  nous aimer, parce que j’ai besoin d’amour et que c’est mon anniversaire lundi prochain (et comme cadeau, je veux un prĂ©-achat ou un abonnement) 🎁

LĂ©lĂ© d’on.suz !

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