ÉDITOOn écrit. On analyse. On donne la parole à celles et ceux qu'on a filmées. Bienvenue dans la rédaction on.suzane.
Bertille et Laurette : « On ne dit pas d'un père qu'il est le second parent. Moi, je suis mère. »
Bertille, 33 ans, créatrice de lingerie, a fait son coming out à 28 ans, après un mariage avec un homme à New York. Laurette, 38 ans, productrice dans l'événementiel, a su très tôt qu'elle aimait les filles, mais a grandi à Versailles au temps des manifestations contre le PACS. Ensemble depuis six ans, mariées, elles élèvent Jules, 14 ans, et Lily, 10 ans.
Marion Vallet : « Dis-moi comment tu saignes, je te dirai comment tu as ovulé. »
Sage-femme libérale dans l'est de la France, Marion Vallet consacre l'essentiel de son temps à former des professionnels de santé à l'observation du cycle menstruel. Un sujet que les études médicales survolent, et que beaucoup de femmes découvrent tard, parfois avec colère, parfois en larmes. Rencontre avec une soignante qui veut rendre aux femmes la compréhension de leur propre corps.
Marie et Sacha : « Sans aide extérieure, on ne serait pas ensemble aujourd'hui. »
Elles se sont rencontrées adolescentes, dans une école catholique de Liège. Treize ans plus tard, Marie, 30 ans, et Sacha, 27 ans, s'apprêtent à se marier. Entre-temps, il y a eu la honte, les familles qui ne voulaient pas voir, une relation devenue toxique, la dépression, puis la thérapie, qui les a sauvées. Un entretien à deux voix, d'une honnêteté rare, sur ce que c'est vraiment qu'aimer, et apprendre à aimer.
Rokya : « Le besoin d'élimination, c'est le besoin mal-aimé. »
Psychomotricienne, formatrice et accompagnante parentale, Rokya est l'autrice d'un livre sur l'hygiène naturelle infantile, une approche qui consiste à répondre aux besoins d'élimination des bébés plutôt que de tout confier à la couche. En découvrant le flux instinctif libre, elle a fait un lien qui a bouleversé son rapport à ses propres règles. Un entretien sur les couches, les tampons, les signaux qu'on n'apprend pas à écouter, et les tabous qu'on transmet sans jamais les nommer.
Giulia : « Tout le monde y avait déjà pensé, sauf moi. »
Peintre, professeure de yoga, 31 ans. Giulia a grandi à Rome, entre une grand-mère qui allait au Vatican chaque jour et un silence total sur l'existence même des lesbiennes. Elle a compris qu'elle aimait les femmes à 26 ans, après une adolescence marquée par la dépression.
Adèle : « J'ai pu me libérer de la misogynie intériorisée, de l'homophobie intériorisée. Il me reste le racisme. »
Trente-quatre ans, un grand-père sénégalais, une mère née à Dakar quelques années avant l'indépendance, une enfance dans le nord de la France et le cœur en Bretagne. Adèle aime les femmes, et elle a mis longtemps à se l'autoriser.
Renée Greusard : « Quand on devient mère, il y a une petite partie de soi qui meurt »
Journaliste, autrice de « Choisir d'être mère », maman d'Ulysse et enceinte de huit mois au moment de notre rencontre, Renée Greusard raconte sans fard ce que la maternité lui a pris, ce qu'elle lui a appris, et ce qu'elle a dû reconstruire : une dépression post-partum diagnostiquée des années trop tard, un couple qui se perd, une identité à refaire et, au bout du chemin, une famille recomposée qu'elle décrit comme une richesse. Un témoignage d'une honnêteté rare, où la lucidité n'éteint jamais la joie.
Dr Camilla Kolanska : « Il faut que les gens comprennent qu'on ne fait pas de magie »
Gynécologue obstétricienne à l'hôpital Tenon (Sorbonne Université), où elle dirige l'unité d'assistance médicale à la procréation, le Dr Camilla Kolanska pratique une médecine que l'imaginaire collectif pare de tous les pouvoirs. Elle, au contraire, passe l'interview à en dessiner les limites : une science jeune, inexacte, éprouvante pour les corps et les couples, portée par des équipes à flux tendu. Un exercice de lucidité rare et, paradoxalement, profondément rassurant.
Florence Eustache Auger : « Je n'ai jamais dit non d'emblée à ma consultation. Jamais. On discute. »
Médecin biologiste, responsable du CECOS de l'hôpital Jean-Verdier et cheffe du service de biologie de la reproduction à Bichat, la professeure Florence Eustache Auger ouvre les portes d'un monde que la plupart des gens ne connaissent que de loin : celui où se décident, se préparent et s'accompagnent les parcours de PMA. Entre pédagogie médicale, dossiers difficiles, angles morts de la loi bioéthique et solitude des femmes en parcours, une plongée dans la machine vue par quelqu'un qui essaie de l'humaniser de l'intérieur.
Éclipse totale... de service public !
Éclipse totale… de service public !
Mercredi 12 août 2026, la Lune s'est interposée devant le Soleil. Des millions de Français ont ainsi levé les yeux vers un phénomène céleste rare puisque l'univers, lui, tient ses rendez-vous avec une exactitude que la puissance publique semble avoir perdue. Le mouvement des planètes a fait son travail sans anicroche tandis que l'État n'a pas eu la même régularité orbitale.
Clémentine GALey : « J'ai fait ce qui m'avait manqué »
Podcasteuse et productrice d'un podcast de référence sur la maternité sans filtre, Clémentine, 42 ans, deux enfants, a construit un média entier sur ce qu'on ne lui avait pas dit. Épisiotomie jamais nommée, post-partum en solitaire, retour au travail à marche forcée : elle raconte le vécu qui a nourri son combat et comment un coup de gueule sur Instagram a fini en trousse rose dans les valises de maternité.
Judith Duportail : « Même si tu n'es pas validée par un homme, tu as le droit d'être mère »
Féministe, autrice et jeune maman de jumeaux conçus par PMA, Judith Duportail raconte un parcours qui est tout sauf une histoire intime : c'est un récit politique. De l'horloge biologique instrumentalisée aux maltraitances hospitalières, de la loi de 2021 aux discriminations qui persistent sur le terrain, elle décortique ce que la maternité hors du couple révèle de notre société et pourquoi il est parfois vital de désobéir.
Ilana Weizman : « Les mythes sont faits pour nous écraser, parce qu'on n'est jamais à la hauteur du mythe »
Sociologue, autrice de « Ceci est notre post-partum » et militante féministe, Ilana Weizman a traversé une dépression après la naissance de son fils avant de faire du post-partum son objet de recherche et de combat. De sa propre chute au décryptage des racines millénaires du tabou, elle raconte pourquoi une expérience vécue par la moitié de l'humanité reste totalement invisible et ce qu'il faudrait faire pour que ça change.
Mélody Thomas : « La mode est politique parce que les corps sont politisés »
Journaliste mode et autrice d'un lexique remarqué sur les rapports entre femmes, vêtement et pouvoir, Mélody Thomas passe la lingerie au scanner de l'histoire et du féminisme. Du corset victorien aux bodys gainants d'aujourd'hui, des anges de Victoria's Secret aux influenceuses aux corps retouchés, elle raconte comment un simple sous-vêtement charrie des siècles de contrôle des corps féminins et pourquoi les tétons restent, encore aujourd'hui, une affaire d'État.
Michel Dugnat : « Il faut un village autour de chaque mère et de chaque bébé »
Pédopsychiatre en périnatalité à Marseille, Michel Dugnat soigne des mamans et des bébés ensemble, sans les séparer, dans les unités parents-bébés dont il est l'un des grands défenseurs en France. De l'histoire méconnue de ces unités aux tabous les plus tenaces du post-partum, il déroule avec érudition et malice un plaidoyer pour que la société prenne enfin soin de celles qui prennent soin des bébés.
Didier : « On n'accouche personne. C'est la femme qui accouche, et le bébé. »
Mari d'une sage-femme qui pratique l'accouchement à domicile après plus de trente ans d'hôpital, père de six enfants, ancien proviseur de lycée, Didier a fait de la naissance respectée son combat. Membre du CDAAD et de l'APAAD, fondateur des collectifs « Accoucher chez moi », il raconte les blocages, les absurdités et les avancées d'une cause qui touche, dit-il, à la liberté la plus élémentaire des femmes.
Elsa : « On ne devient pas mère parce qu'on a un bébé. On devient mère en étant entourée. »
Elle a accouché chez elle, accompagnée de sa sœur et d'une sage-femme. Elle a traversé un post-partum qu'elle décrit comme un tsunami. Aujourd'hui doula à Montpellier, Elsa, 38 ans, accompagne les femmes et les couples dans ces passages que notre société a désappris à entourer.
Nathan, papa trans : refuser le schéma, inventer le reste
Psycho-praticien en thérapie brève, Nathan est papa d'Arthur, deux ans et demi. Sa particularité : c'est un papa trans. Avec Amélie, la mère d'Arthur, ils ont fait des choix de vie qui questionnent les rôles genrés, l'hétéronormativité et ce que la société projette encore sur ceux qui poussent une poussette. Il parle avec une clarté désarmante de paternité, d'émotions, de filiation, et d'un deuxième enfant qu'il envisage de porter, malgré une loi qui, pour l'instant, ne le prévoit pas.
Morgan Dion : « On nous a appris la noblesse de la pauvreté. Il faut qu'on en sorte. »
Cofondatrice de PlanCash, une application mobile d'éducation financière par des femmes pour des femmes, Morgan Dion a elle-même connu les galères financières avant de devenir experte en négociation salariale, puis en investissement. Aujourd'hui, elle s'attaque à un système qui, depuis l'enfance, conditionne les femmes à moins demander, moins prendre, moins avoir.
Gabrielle Richard : « L'hétérosexualité va tellement de soi qu'on ne trouve pas nécessaire de la nommer »
Sociologue spécialisée dans les questions de genre et de sexualité en milieu scolaire et familial, Gabrielle Richard met des mots sur un système si bien huilé qu'il en est devenu invisible : l'hétéronormativité. Comment une norme aussi omniprésente façonne nos identités, empêche les questionnements, et ce que l'école et la famille pourraient faire autrement.