Tu veux t'engager ? C'est le moment đ„
LE REGARD | Newsletter on.suzane « Une vision fĂ©ministe de la sociĂ©tĂ© au croisement de l'intime et du politique » Semaine du 10 novembre 2025 | Ădition #05Sommaire :
Un an aprĂšs RĂ©inventer lâenfance, on en est oĂč ?
Ă lâavant-post : câest maintenant ou jamais !
Pour que la honte change de camp
Et sinon, tu peux toujours tâabonner
Un an aprĂšs RĂ©inventer lâenfance, on en est oĂč ?
Ă lâoccasion de la Mobilisation contre les violences faites aux enfants/ados qui aura lieu le 15 novembre, partout en France, je te partage un Ă©tat des lieux et des pistes dâaction du Collectif Enfantiste :
©RĂ©inventer lâenfance, on.suzane
Ă force de luttes, de prises de parole mĂ©diatiques, de manifestations, de pĂ©titions, de rapports officiels, la prise de conscience semble plus forte. Alors pourquoi, en janvier 2025, dans une enquĂȘte menĂ©e par 3 ministĂšres, 74 % des personnes interrogĂ©es dĂ©claraient avoir du mal Ă identifier une situation de violence faite Ă un enfant ? Seulement 42 % disaient se sentir bien informĂ©es, et 35 % affirmaient avoir dĂ©jĂ Ă©tĂ© tĂ©moins ou avoir soupçonnĂ© une de ces violences.*
Peut-ĂȘtre que cette proportion est liĂ©e Ă un dĂ©ni collectif : celui dâadmettre que notre sociĂ©tĂ© est, de fait, violente.
21 % des Français considĂšrent encore quâune gifle ou une fessĂ©e ne sont pas de âvraiesâ violences. Alors oĂč place-t-on le curseur ? Cette rĂ©signation, câest la consĂ©quence de lâadultisme. Câest accepter que lâadulte ait une autoritĂ© lĂ©gitime, hiĂ©rarchique et dominante sur lâenfant.
Ces violences, physiques, psychologiques ou dites âĂ©ducativesâ, laissent des traces profondes. Elles altĂšrent la santĂ© mentale et physique, perturbent la scolaritĂ©, les relations affectives, et compromettent parfois toute une vie. Les victimes dĂ©veloppent des troubles psychiques (dĂ©pression, anxiĂ©tĂ©, conduites suicidaires), mais aussi des troubles physiques : douleurs chroniques, troubles du sommeil, maladies chroniques, atteintes cardiovasculaires, parfois mĂȘme des sĂ©quelles irrĂ©versibles.
Et quand on parle de violences sexuelles dans lâenfance, on ne parle pas dâexception : un enfant sur dix est concernĂ© (Ciivise 2024). Parmi eux, 30 % feront au moins une tentative de suicide.
Se mobiliser contre les violences faites aux enfants commence par accepter quâon fait toustes partie du problĂšme. Câest ensuite un engagement citoyen : reconnaĂźtre les signes, dĂ©noncer ces violences, comprendre leurs consĂ©quences, et partager ces apprentissages autour de nous. Câest aussi un engagement politique : mettre de vrais moyens financiers pour former les professionnel·les de santĂ©, de la petite enfance et de lâĂ©ducation, et renforcer toutes les institutions censĂ©es protĂ©ger les enfants victimes.
* Source : MinistÚre des Solidarités, campagne nationale contre les violences faites aux enfants (janvier 2025) ; Ciivise 2024 ; UNICEF 2024.
Parce que les expert.es et les personnes concernĂ©es en parleront mieux que moi, regardez notre documentaire RĂ©inventer lâenfance, rĂ©alisĂ© par Ăve Simonet. Il est gratuit (sous inscription ou sur Youtube) et dâutilitĂ© publique :
©RĂ©inventer lâenfance, on.suzane
4 moyens de se mobiliser :
1 - En réalisant des dons ponctuels ou réguliers, vous permettez aux militant.es de réaliser des actions de sensibilisation pour lutter contre les violences faites aux enfants. Ces dons servent aussi à :
soutenir les jeunes dans leurs engagements
produire du matériel pédagogique
faire entendre des revendications auprÚs des décideurs
réaliser tous les évÚnements (manifestations, festivals, actions militantes)
2 - En signant la pĂ©tition dâappel Ă mobilisation, et en la partageant. Entourez-vous, donnez-vous rendez-vous le 15 novembre Ă 14h dans un des points de rassemblement, ou accrochez un message Ă votre fenĂȘtre. En suivant plusieurs associations et collectifs engagĂ©s pour les droits des enfants, vous trouverez des pĂ©titions Ă signer Ă©galement.
3 - Le 15 novembre, le Collectif Enfantiste aura besoin dâaide ! Si vous souhaitez participer et aider, vous pouvez vous inscrire au staff.
4 - En regardant et en partageant notre documentaire RĂ©inventer lâenfance, rĂ©alisĂ© par Ăve Simonet, produit par on.suzane.
Ă lâavant-post : câest maintenant ou jamais !
Câest officiel, notre nouvelle sĂ©rie-documentaire Ă lâavant-post, rĂ©alisĂ©e par JudicaĂ«lle Perrot, sortira le 19 novembre sur notre site ! DĂ©couvre en exclusivitĂ© la bande-annonce :
Pour que la honte change de camp, dâAnna Margueritat
Câest la reco de la semaine, il vient de sortir, et selon moi, tout le monde devrait lire cette pĂ©pite, Ă©crite par la photographe et journaliste, Anna Margueritat.
Anna Margueritat est photographe et rĂ©dactrice indĂ©pendante. Elle couvre notamment des procĂšs ou des manifestations. Son travail documente ce que peu de personnes voient, ce que beaucoup prĂ©fĂšrent ignorer. Parce quâun procĂšs ne se rĂ©sume jamais Ă son verdict. Elle vient de sortir Pour que la honte change de camp, aux Ă©ditions La Meute. Et 1 ⏠par vente de livre est reversĂ© Ă lâassociation de Caroline Darian #MendorsPas. Une lecture peut suffir Ă changer notre regard sur la justice, et la sociĂ©tĂ©.
©Anna Margueritat
DĂšs les premiĂšres pages, jâai les larmes aux yeux. « Je nâai jamais lu la honte dans les yeux dâun violeur ». Ici, on ne lit pas la mĂ©canique dâun agresseur ou la personnalitĂ© dâun Dominique Pelicot, non. Dans cet ouvrage, au contraire, on sâinvite entre les lignes : ce que le procĂšs Mazan et ce qui sây est passĂ© « ouvre, remue, dĂ©place ».
Dans notre documentaire Ă lâavant-post, qui sortira le 19 novembre, elle dit : « Pourquoi les hommes violent, je pense avoir compris maintenant. La question, câest comment faire pour quâils arrĂȘtent. » Cette rĂ©flexion plane tout au long de ma lecture, comme un fil rouge.
Anna Margueritat tisse les chapitres de son ouvrage comme un arbre aux mille branches. On y trouve la misogynie qui puise dans les racines dâune sociĂ©tĂ© patriarcale, des hommes « enfants » protĂ©gĂ©s et dĂ©responsabilisĂ©s â comme si lâintentionnalitĂ© changeait les consĂ©quences dâune violence subie â, dâune justice contaminĂ©e qui accuse plus quâelle ne rĂ©pare, des victimes plus accusĂ©es que dĂ©fendues, de lâiconisation dâune « bonne victime ». Jây ai dĂ©couvert la violence de certains confrĂšres journalistes, dâavocat·es de la dĂ©fense, de lâinsĂ©curitĂ© dâune salle dâaudience. Et câest sans mentionner la rĂ©cupĂ©ration politique hors des murs du palais de justice.
Jâai notĂ© cette phrase : « Entre femmes journalistes, on relie ce procĂšs Ă dâautres silences, Ă dâautres procĂšs, Ă dâautres violences. Ă commencer par celles quâon a personnellement vĂ©cues. » Et plus loin : « Ce silence est terrible, parce quâil donne lâimpression que ce qui est jugĂ©, ce nâest pas un crime collectif, mais un empilement dâexceptions. »
Ces mots mettent le doigt sur le cĆur du livre : le refus collectif de regarder la rĂ©alitĂ© en face. Un accusĂ© pourrait ĂȘtre nâimporte qui dâautre.
©Anna Margueritat
Une chose mâa profondĂ©ment touchĂ©e, câest la pudeur du regard dâAnna Margueritat envers GisĂšle Pelicot. Elle sâinterroge sur sa place de photographe, sur la frontiĂšre entre observation et intrusion. « Je crois que je respecte ça : ce quâon ne sait pas, ce quâon ne voit pas, ce quâon ne capte pas. » Pas de voyeurisme, mais une Ă©coute du silence, une attention Ă lâinvisible.
Chaque chapitre sâaccompagne dâun QR code (si vous devenez familiĂšr.e avec les Ă©ditions La Meute, vous y dĂ©couvrirez pas mal de belles surprises comme celles-ci), une invitation Ă explorer son travail. Câest cette articulation entre lâimage et le texte, entre le visible et le presque dicible, qui me bouleverse.
Et puis, au fil des pages, quelque chose se passe. Le texte rĂ©veille une Ă©tincelle en moi, comme un vieux chauffe-eau Ă gaz quâon rallume en tournant le robinet. Une petite flamme, discrĂšte, parfois lasse des luttes, presquâĂ bout de souffle, qui dâun coup sâembrase â pour tout brĂ»ler autant que pour rĂ©chauffer les cĆurs (ouais, je nâai pas peur du mielleux dĂ©so).
Ca me fait sourire, aussi, parce quâil me rappelle que nous ne sommes pas seul.es. Nous sommes nombreux.ses. Et nos militant.es, nos activistes, nos journalistes fĂ©ministes sont une fiertĂ©. Iels nous obligent Ă questionner, Ă comprendre. Iels nous encouragent Ă nous engager chaque jour un peu plus. Et surtout, Ă ne rien lĂącher.
Et sinon, tu peux toujours tâabonner :
Dâautant quâon te rĂ©serve beaucoup de surprises dans les semaines Ă venir, alors nâhĂ©site pas Ă nous suivre de prĂšs sur les rĂ©seaux.
La prochaine newsletter sera plus joyeuse, car comme lâexplique Blanche Sabbah dans son interview Blast avec SalomĂ© SaquĂ©, les luttes passent aussi par la joie â€ïž
LĂ©lĂ©, dâon.suzane (et ci-dessous, une fĂȘte de pigeons dans le mĂ©tro)